Interview de Garou
Avec "L'injustice", il touche au coeur et traduit la souffrance d'un homme condamné pour un double meurtre qu'il n'a pas commis. Un nouveau combat pour le Canadien.
Revoilà le Québécois, avec un nouvel album tout simplement intitulé "Garou". Trois ans se sont écoulés depuis la sortie de son dernier CD, mais le charmeur du Saint-Laurent n'a pas pris une ride. Pas de kilos superflus, non plus. Et, pour couronner le tout, il n'a pas perdu sa bonne humeur et son sens de l'humour. C'est plutôt rare dans le métier.
Parmi ses nouvelles chansons, celle écrite par Pascal Obispo, "L'injustice", attire tout particulièrement l'attention. C'est d'ailleurs le titre phare de l'opus. L'artiste y parle de toutes les injustices de la vie. Quant au clip, qui dure plus de cinq minutes, il montre un Garou errant dans les rues de Montréal et un autre homme, appuyé contre un arbre. Il s'agit de Patrick Dils, qui avait été condamné à la prison à perpétuité pour un double meurtre d'enfants...qu'il n'a pas commis. Ce n'est qu'après quinze ans passés derrière les barreaux qu'on a reconnu son innocence et son droit à la liberté. Patrick Dils a été indemnisé par la justice, mais cela ne lui rendra jamais tout ce temps gâché ni n'effacera le préjudice moral subi. Aujourd'hui, il doit réapprendre à vivre dans une société qui ne l'a pas attendu pour avancer. Ce n'est donc pas évident de gérer cette liberté soudaine, qui relève du parcours du combattant, car dans l'esprit des gens, il subsiste encore des doutes, comme si le verdict final de la justice n'avait pas suffit à l'innocenter totalement.
Alors que l'argent vient à manquer et que les emplois se raréfient, "Monsieur" Garou, éternel gentleman, n'a pas hésité à lui tendre la main. Il a laissé parler son coeur et lui a permis de venir au Canada. Une fois de plus, le chanteur a surpris tout son monde. Mais sa générosité n'est plus à démontrer, surtout quand on sait que le nom de jeune fille de sa mère est "La Bonté"..
Vous n'avez pas changé. Votre épanouissement rappelle un peu "Le temps nous aime" qui figure sur votre nouvel album...
"Vous êtes très sympa de me dire ça, mais si vous me regardez de plus près, vous verrez que j'ai pris quelques rides. Heureusement, des bonnes! J'aime le temps qui passe. J'aime vieillir. C'est nettement moins ingrat pour un homme que pour une femme, car elle en souffre. Pour l'homme, c'est souvent très bon. Bref, avancer en âge ne me fait pas peur. Pas plus que la mort. Enfin, c'est un peu moins le cas depuis que j'ai un enfant...Il y a quelques années, j'ai failli disparaître dans un accident de voiture. Ma compagne, qui est la maman de ma fille, était alors enceinte. Comme vous pouvez l'imaginer, cela aurait été une double catastrophe pour moi s'il leur était arrivé quelque chose. Depuis, je me dis que j'ai la responsabilité de rester vivant pour ma fille."
Si l'on vous croit, l'année dernière, vous n'avez presque rien fait, hormis un duo avec Marilou et quelques prestations éparpillées. Vous avez glandé, vous le type hyperactif?
"Non, j'avais d'autres priorités. Des projets de produits, de nouveaux concepts, des restaurants, de l'hôtellerie...Là, je suis à fond dedans. Ca me fait du bien d'être dans un milieu dont je ne suis pas le centre d'intérêt, mais où je peux développer des idées..."
Aujourd'hui, il est impossible de parler de "Garou" sans discuter de "L'injustice"...
"Cela faisait six ans que Pascal Obispo y travaillait. Et moi, j'étais directement impliqué dans cette affaire depuis neuf ans. L'un des thèmes principaux de la comédie musicale "Notre-Dame de Paris", où j'interprétais Quasimodo, était déjà l'injustice. Je pensais que j'avais fait le tour de la question. Erreur. Quand Pascal et son groupe m'ont envoyé une trentaine de chansons, j'ai flashé sur celle-là. J'ai eu un coup de coeur. Je voulais la faire écouter à Patrick dils, je me suis dit que c'était le prétexte idéal pour qu'il vienne au Québec, mais aussi pour qu'il figure dans mon clip."
Celui-ci vous montre dans les rues de Montréal, découvrant les injustices quotidiennes: une femme enceinte qui se fait piquer sa place dans un bus, un SDF agressé par des voyous avides de lui voler quelques pièces...Comment réagiriez-vous face à ce genre de mauvais scénario?
"Très franchement, je crois que je pourrais me battre. D'ailleurs, ça m'est déjà arrivé, même si je sais que répondre par la violence n'est pas la meilleure chose qui soit. Je ne laisserais pas une autre personne affronter seule une injustice. Le clip veut montrer, en cinq minutes et seize secondes, ce fléau au quotidien. La fin de la chanson est un retour au début: "Je suis le même" .Et l'histoire s'enchaîne, ce qui représente neuf minutes en tout sur le sujet. On dit toujours qu'il n'y a pas de justice en ce bas monde, et c'est un peu vrai. Le premier commandement de Dieu est: "Tu ne jugeras point". Mais parfois, on est obligé de le faire. On a été forcé d'établir des lois, mais on sait aussi que c'est de la justice que naît l'injustice."

Bonjour
RépondreSupprimerMerci pour tout
Sublime blog avec de belles photos et interview
J'adore
Bon dimanche
FDG